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\"Le risque, c'est l'écran noir lors des penalties\" : les autorités vont utiliser un nouveau dispositif pour bloquer le streaming illégal lors de la Coupe du monde

Jun 11, 2026 IDOPRESS

Un homme regarde un match de football sur son smartphone. (SIMONKR / GETTY IMAGES)

L'Arcom a décidé de serrer la vis,avec un système inédit en France de blocage en temps réel. Testé lors de Roland-Garros,ce dispositif coupe directement les serveurs des plateformes illégales,en plein match.

Si vous comptez regarder des matchs de la Coupe du monde de football sur des plateformes illégales,vous pourriez avoir la surprise d'une diffusion arrêtée en pleine rencontre. "Le risque,c'est l'écran noir lors des penalties",prévient Pauline Combredet-Blassel,directrice générale adjointe de l'Arcom. Le régulateur des médias franchit une étape dans la lutte contre le streaming illégal d'évènements sportifs,avec un nouveau dispositif déjà testé lors de Roland-Garros cette année. Les diffusions illicites se sont en effet multipliées depuis le dernier mondial de foot,au Qatar en 2022.

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Pour la première fois en France,il sera possible de stopper la diffusion illégale à la source. Au lieu de bloquer le système de noms de domaine (DNS),l'Arcom veut s'attaquer directement aux adresses IP. Concrètement,"quand on fait du blocage DNS,on empêche l'accès à un site internet. Quand on fait du blocage IP,on va bloquer l'accès au serveur source. C'est évidemment beaucoup plus efficace parce que ça évite beaucoup de dispositifs de contournement",résume la directrice générale adjointe. Désormais,l'objectif est donc de couper les serveurs d'IPTV. En bloquant la source,l'Arcom veut empêcher les pirates d'ouvrir d'autres noms de domaine pour continuer à diffuser illégalement les matchs.

Un manque à gagner de près de 300 millions d'euros

L'IPTV,pour "Télévision par Protocole Internet" en français,permet d'accéder à la diffusion de programmes télévisuels par le biais d'internet,donc sans passer par les canaux hertziens,satellitaires ou câblés traditionnels. Il ne s'agit pas d'un service illégal en tant que tel mais l'utilisation qui en est faite peut le rendre illicite puisque l'IPTV est notamment utilisée pour accéder gratuitement aux contenus de plateformes de VOD (Netflix,Disney +,Amazon Prime…) mais aussi pour capter les événements sportifs,notamment diffusés sur Ligue 1 + (la chaîne de la LFP),sans payer d'abonnement.

Le manque à gagner dans le sport est estimé à 290 millions d'euros,rappelle la directrice générale adjointe de l'Arcom. "Évidemment,ça touche les ligues,les clubs,mais aussi le sport amateur qui est notamment financé par les droits TV. C'est donc une pratique illégale qui coûte de l'argent à tout le monde !" Pauline Combredet-Blassel alerte également sur le fait que certaines plateformes sont intégrées à des réseaux mafieux pratiquant "d'autres activités illégales,parfois plus graves,et les utilisateurs ne mesurent pas la gravité des risques auxquels ils s'exposent." Sans compter le risque de traçage et d'influence étrangère,notamment de la Russie,par le biais de ces plateformes illégales.

Le 28 mai,après un an de développement,ce système de blocage IP a été testé pour la première fois lors d'une diffusion de Roland-Garros. Au total,seulement une dizaine de blocages a été appliquée pendant le tournoi de tennis,avant une montée en puissance avec un développement progressif lors des 104 matchs du mondial de foot,dont la moitié en exclusivité chez BeIN Sports. "C'est une concurrence complètement déloyale !,dénonce Sarah D'Arifat,sa directrice juridique en France. Aujourd'hui,quelqu'un qui va souscrire à un service d'IPTV illicite va payer une somme ridicule par an pour accéder à tous les contenus,et je ne parle pas que de BeIN Sports… C'est un problème pour tous les éditeurs de services audiovisuels qui vont acquérir des droits,produire des contenus,participer au financement de la création et employer des personnes en France." Et de pointer le danger de l'accès à des chaînes parfois interdites en France,et à l'exposition "sans filtre" des mineurs à du contenu pornographique.

"En Espagne,ils bloquent 10 000 adresses pirates sur une journée de championnat,l'équivalent de ce qu'on bloque en une année,en France"

Sarah D'Arifat,directrice juridique de BeIN Sportsà franceinfo

Ce système de blocage IP est déjà généralisé au Royaume-Uni depuis plusieurs années mais également en Italie,en Espagne,au Portugal et en Grèce. Pour rattraper notre retard en France,l'Arcom comme BeIN Sports France soutiennent tous les deux une proposition de loi sur l’organisation,la gestion et le financement du sport professionnel. Son article 10 prévoit l'automatisation des blocages IP,pour pouvoir se passer d'une validation manuelle,et ainsi être plus réactif. "On a une difficulté importante,c'est que la loi exige une intervention humaine de l'Arcom,explique Sarah D'Arifat. Il faudrait qu'on puisse avoir un dispositif automatisé qui nous permette d'industrialiser finalement les blocages."

Une proposition de loi transpartisane

"Aujourd'hui,le cadre juridique impose un traitement manuel des mesures de blocage,donc des procès-verbaux et une série de validations hiérarchiques,qui sont incompatibles avec une action en direct",reconnaît également la directrice générale adjointe de l'Arcom,Pauline Combredet-Blassel. Votée au Sénat en juin 2025,la proposition de loi transpartisane a connu quelques difficultés à l'Assemblée nationale. Si elle a été adoptée en commission le 13 mai,son examen a ensuite été reporté plusieurs fois. Les équipes de l'un des quatre rapporteurs,la députée du Tarn-et-Garonne Sophie Mette (MoDem),ont finalement confirmé mardi à franceinfo que le texte doit arriver dans l'hémicycle pour un examen à partir du 29 juin.

"Le cadre juridique actuel ne permet pas de donner à ce dispositif sa pleine efficacité."

Pauline Combredet-Blassel,directrice générale adjointe de l'Arcomà franceinfo

Le dispositif du blocage IP sera,dans tous les cas,déployé plus largement dès le coup d'envoi de la saison de Ligue 1 de football,au mois d'août. Dans un communiqué,la LFP,qui régit l'organisation des championnats de Ligue 1 et de Ligue 2,dénonce notamment "l'absence de mesures concrètes",dans la proposition de loi,pour lutter contre le piratage via l'IPTV. Si le blocage IP prévu par l'Arcom ne contient pas de sanctions pour les utilisateurs,"tous les travaux que nous avons menés nous confortent dans l'idée que ce qu'il y a de plus efficace,c'est de taper au plus près de la source",se justifie Pauline Combredet-Blassel,la directrice générale adjointe de l'Arcom.

Il reste tout de même une légère marge d'erreur,et un risque de blocage intempestif de plateformes pourtant légales. "On s'est assuré avec les fournisseurs d'accès à internet qu'on était en capacité de réagir en moins de cinq minutes à un problème technique",assure Pauline Combredet-Blassel. De son côté,la directrice juridique de BeIN Sportsinsiste sur le caractère temporaire des blocages,"limités à la durée de la retransmission en direct,ce qui permet aussi de garantir un caractère proportionné de ce dispositif."

Comment identifier si le service IPTV que vous utilisez est illégal ? Sur un site internet dédié,l'Arcom liste les indices qui peuvent mettre la puce à l'oreille : des fenêtres publicitaires intempestives apparaissant sur le site vendant l’offre d’abonnement,un catalogue de contenus "extrêmement large",un mode de paiement non sécurisé ou encore le logo d’une chaîne étrangère.

18% des Français ont déjà regardé du sport de manière illégale

En 2024,déjà près d'un Français sur cinq regardait des compétitions sportives de manière illégale. Selon cette autre étude de l'Arcom,12% des spectateurs de football consomment ce sport de façon illicite. Le football est ainsi la discipline la plus touchée par la consommation illégale,la Coupe d’Afrique des Nations étant la compétition la plus piratée,visionnée de façon illicite par 17% de son public "La Ligue 1 française est suivie par 24% des Français,10% de ce public le fait de façon illégale",précise l'enquête.

L'étude montre,par ailleurs,que sur les 18% de Français regardant des compétitions sportives de manière illégale,six sur dix (60%) sont parallèlement abonnés à une offre de sport payante. Surtout,les consommateurs de contenus sportifs illicites sont seulement 45% à être prêts à se reporter vers les services légaux existants. 37% d’entre eux y seraient également disposés s’ils jugeaient l’offre plus attractive,d'après l'Arcom.

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